La réathlétisation ou la recherche du temps perdu

  • Auteur: Erwann Le Corre, Consultant Préparation Physique et Réathlétisation - Olympe Santé
  • Catégorie: Sport

« Spécialité » dans l’air du temps, la réathlétisation semble pourtant diviser ses pratiquants. Issue de la terminologie anglo-saxonne, elle a fait depuis quelques années son apparition dans le vocabulaire du « praticien » du sport français. Nombreux sont ceux qui ont ainsi tenté de la définir et d’en développer un concept.

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Quand ? Par qui ? Pour qui ? Quelles indications ? Quand commencer ? Quand terminer ? Etc. Il est difficile de définir exactement la réathlétisation, de lui donner un début et une fin. C’est peut-être la raison pour laquelle elle attise autant les débats entre deux corps de métiers : kinésithérapeutes et préparateurs physiques.

La réathlétisation, chasse gardée des kinésithérapeutes et/ou des préparateurs physiques ?

La réathlétisation n’est pas une phase à proprement parler. Elle pourrait être considérée comme un travail, que chaque professionnel intéressé par le sujet, définit en fonction de ses propres compétences, mais surtout de ses propres limites. Elle n’appartient à personne. Elle est un projet commun ! Selon les délais, le contexte, le cadre de travail, le public, la sensibilité personnelle, la formation, l’expérience, l’envie…, kinésithérapeutes, préparateurs physiques et « réathlétiseurs » pourront intervenir dans le cadre d’une réathlétisation. Chacun peut trouver sa place à un moment donné dans ce travail.

La réathlétisation, suite logique de la rééducation ?

Une réathlétisation bien menée est une réathlétisation qui se doit d’être pensée et justifiée. La prise en charge d’un sportif blessé entraîne une réflexion dès le premier jour, tant sur l’organisation et le contenu de la rééducation à suivre que sur les conséquences de la blessure. Celle-ci porte sur la structure.

  • Baisse de la force musculaire
  • Hypotonie réflexe
  • Tissus immatures
  • Désorganisation tissulaire et collagénique
  • Fibrose cicatricielle et hématome

La blessure entraînera également des conséquences sur l’organisme (detraining).

  • Perturbation de l’état biologique
  • Perte de force dépendante du temps d’arrêt
  • Augmentation de la fatigabilité (baisse des capacités oxydatives)
  • Diminution de la capillarité
  • Diminution de l’activité enzymatique
  • Amyotrophie
  • Perturbation et désynchronisation du recrutement des unités motrices
  • Et bien d’autres encore…

Face à ces enjeux, il est bien évident que les professionnels en charge d’un patient n’attendront pas la fin de la rééducation pour débuter le travail de réathlétisation. Celui-ci permettra de gagner du temps. Il commencera dès le premier de la blessure pour lutter contre les effets du detraining. Le « gain de temps » lors de la prise en charge d’une blessure sera permis par l’anticipation des conséquences structurelles et organiques, et non pas par réaction. Ce travail mis en place permettra un retour sur le terrain (Return To Play) dans les meilleures conditions et dans des délais optimaux.

Quelques conseils pour bien réussir votre réathlétisation

Suite à une blessure, la modification du schéma corporel arrive vite. La réathlétisation doit débuter immédiatement. Stimuler, le plus tôt possible, le foyer lésionnel. Ainsi, une fois le sportif cicatrisé, il doit pouvoir reprendre le travail de terrain, être ramené à une série de gestes connus, permettant de lutter contre les récidives.

Le versant psychologique n’est pas à négliger, non plus. Il apparaît nécessaire de travailler sur les peurs du sportif (rechute, niveau de jeu…) et de chercher à les minimiser. Une blessure aura pour conséquence d’entraîner des facteurs d’inhibition qui sont des moyens de protection pour le sportif. La réathlétisation devra réintégrer une confiance dans le mouvement.

La réathlétisation n’est donc ni une phase, ni une continuité de la rééducation, mais bien une partie intégrante du programme de réadaptation du sportif blessé. La précocité, l’écoute des sensations et la progressivité seront des éléments essentiels de la prise en charge du sportif.

Par Erwann Le Corre, kinésithérapeute du sport, diplômé en préparation physique, mentale et réathlétisation.